Dans son article intitulé Protégez votre cerveau pour la vie : suivez ces stratégies mises au point par des experts pour vous protéger contre les lésions et la détérioration cognitive tout au long de la vie (Protect Your Brain for Life: Follow these expert strategies to guard against injury and cognitive decline throughout your life), publié cette semaine par l’Académie américaine de neurologie, Marisa Cohen commence par constater que, en général, nous ne songeons à maintenir le cerveau dans des conditions optimales qu’au début de la vie (lorsque nous pensons à la façon de stimuler celui de nos nouveaux-nés), vers la fin de la vie (lorsque nous commençons à nous demander comment prévenir la démence) et si un problème se pose (une lésion cérébrale traumatique, par exemple). Pourtant, la réalité – concentrée sous forme de statistiques – nous dit que nous devrions nous occuper de notre cerveau à toutes les étapes de la vie.

En Espagne, 16 % de la population souffre d’une maladie neurologique indique la Société espagnole de neurologie. Les plus fréquentes sont la maladie d’Alzheimer, l’AVC, l’épilepsie, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaque, la migraine et le traumatisme cranio-encéphalique. Mais il faut y ajouter des maladies neuro-dégénératives et neuromusculaires comme les neuropathies, les myopathies, la sclérose latérale amyotrophique (SLA), etc. S’il reste vrai que prendre soin de son cerveau ne garantit pas que l’on ne développera pas une maladie neurologique comme celle  d’Alzheimer, et qu’il y a encore beaucoup à découvrir sur la plupart de ces maladies, il n’en reste pas moins que des progrès considérables ont été accomplis par les chercheurs à ce sujet. On sait aujourd’hui que, même si certaines étapes du développement sont plus critiques que d’autres, il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour commencer à protéger son cerveau contre les maladies neurologiques et que, plus tôt l’on incorpore dans sa vie certaines habitudes et l’on évite certains facteurs de risque (le stress et les lésions cérébrales, par exemple, peuvent avoir des effets sur le long terme), plus on aidera à les prévenir. Voyons maintenant ce qui caractérise le cerveau aux différentes étapes de la vie et quelles sont les recommandations que font les neurologues pour le protéger à chacune d’entre elles.

 

Comment veiller sur le cerveau pendant l’enfance

Cómo cuidar el cerebro en las diferentes etapas de la vida para prevenir su deterioro

C’est pendant cette étape que les cellules cérébrales grandissent le plus et que les synapses se développent le plus, raisons pour lesquelles les enfants ont une forte capacité d’apprentissage. C’est le moment idéal pour apprendre une langue étrangère, par exemple. Toutefois, l’article cité au début explique aussi qu’il peut y avoir un risque plus élevé d’épilepsie et d’autisme pendant ces années-là, en raison d’une « surcharge » de synapses actives (les synapses peuvent être actives ou inactives : pendant l’enfance et l’adolescence, elles sont généralement actives).

Lors de cette étape, il est important d’apprendre aux enfants à acquérir de bonnes habitudes qui contribueront à protéger leur cerveau pendant le restant de leur vie : bien petit-déjeuner, manger des fruits et des aliments contenant de la choline (nutriment fondamental pour le développement du cerveau, pour la mémoire et pour la transmission de l’influx nerveux), comme les épinards, le foie, le chou-fleur, les choux de Bruxelles et les œufs ; dormir le nombre d’heures nécessaires, car le sommeil contribue à fortifier les connexions entre les hémisphères, ce qui aide le cerveau à mûrir ; apprendre la musique (un instrument, le solfège, le chant…) : en effet plusieurs études affirment que la musique améliore les compétences linguistiques et la capacité d’apprentissage en général ; faire de l’exercice et mettre un casque en cas d’activités à risque de chute (vélo, patins, etc.)

En ce qui concerne les heures de sommeil, il est important que les parents veillent à créer une routine que les enfants associeront à l’heure d’aller se coucher : leur faire prendre un bain, leur lire une histoire, leur chanter une berceuse, etc.

 

Comment veiller sur le cerveau pendant l’adolescence

Cómo cuidar el cerebro en las diferentes etapas de la vida para prevenir su deterioro

C’est l’une des étapes du développement du cerveau les plus importantes. D’une part, il produit beaucoup de myéline – une protéine essentielle, qui enveloppe et protège les axones de certaines cellules nerveuses et dont le principal rôle consiste à augmenter la vitesse de transmission de l’influx nerveux. Mais, par ailleurs, les voies de myéline se développent davantage en direction des zones du cerveau qui déclenchent la prise de risques, l’émotion et la sexualité que vers les zones réservées aux fonctions telles que le raisonnement, le jugement et le contrôle de l’impulsivité. Ce qui fait que, pendant l’adolescence et aussi pendant les premières années de la jeunesse, il existe un risque d’addiction élevé. Il faut également tenir compte du fait qu’une consommation réitérée d’alcool pendant ces années-là a des effets durables sur la partie du cerveau liée à la mémoire et à l’apprentissage.

C’est aussi l’étape de maturation du cortex préfrontal, la zone du cerveau responsable de l’expression de la personnalité, de la prise de décisions et de la modération du comportement social. Les personnes ayant une prédisposition génétique à souffrir de maladies et de troubles psychiatriques – dont beaucoup passent par une dysfonction du cortex préfrontal – ne manifestent leurs symptômes que lorsque ce dernier est mûr et se connecte au reste du cerveau. C’est la raison pour laquelle des troubles tels que la schizophrénie, le trouble bipolaire ou la dépression font leur apparition à cette époque de la vie.

Les neurologues recommandent aux familles d’intégrer une habitude qui a l’air toute simple (la réalité espagnole témoigne pourtant du contraire), mais dont l’effet est très positif sur les adolescents : il s’agit de prendre un repas tous ensemble au moins cinq fois par semaine. Les études menées prouvent que cette habitude fait baisser la probabilité que les jeunes goûtent aux cigarettes et consomment de la marihuana et de l’alcool.

Pendant l’adolescence il est de plus fondamental de se faire vacciner contre la méningite et d’éviter toute commotion cérébrale. En effet, une lésion à la tête qui serait survenue en faisant du sport, par exemple, peut entraîner des changements dans la pensée, la mémoire et le langage. Elle peut de plus conduire à l’épilepsie, à la maladie de Parkinson et à d’autres maladies neurologiques.

Un adolescent a besoin de dormir neuf heures par jour. Pourtant, nombreux sont ceux qui vont au lit et se connectent pendant des heures aux réseaux sociaux et à d’autres sites internet. Les experts recommandent que les parents prêchent par l’exemple de façon à ce que, à une heure convenue, tout le monde déconnecte ses dispositifs électroniques et les laisse en dehors des chambres à coucher.

Une autre mesure qui contribue à empêcher une détérioration cognitive pendant la vieillesse consiste à éviter le surpoids pendant l’adolescence.

 

Comment veiller sur le cerveau pendant l’âge adulte

Cómo cuidar el cerebro en las diferentes etapas de la vida para prevenir su deterioro

Pendant cette étape, la zone frontale — celle du contrôle de l’impulsivité et de la planification des décisions sur le long terme, par exemple – finit de se développer. Les différentes zones du cerveau se connectent encore plus entre elles et, à l’âge mûr, le cerveau atteint sa vitesse maximale de communication. Bien qu’il s’agit d’une étape de stabilité dans son développement, c’est aussi une période où nous devons généralement faire face à un stress accru, car c’est pendant ces années-là que l’on travaille dur pour consolider sa carrière professionnelle.

Les neurologues recommandent d’apprendre à réduire le niveau de stress (on ne peut peut-être pas changer certaines circonstances de la vie, mais on peut changer la façon d’y réagir). En effet, le stress chronique peut nuire au cerveau et augmenter le risque de démence, entre autres troubles. Des recherches indiquent par ailleurs qu’il peut entraîner le raccourcissement des télomères (principale cause de vieillissement de nos cellules) et une diminution de la protéine klotho (qui régule le vieillissement et contribue à la résilience contre de nombreuses toxines du cerveau, dont celles qui conduisent à la maladie d’Alzheimer). Comme nous l’expliquions il y a quelques semaines dans un article, la neuroscience a prouvé les bienfaits de la méditation ou mindfulness sur la diminution du stress.

De même, les neurologues constatent aussi qu’être multitâche est nuisible au cerveau : cela peut affecter le sommeil et la mémoire et dégrader les systèmes cérébraux.

À cette période de la vie, l’exercice revient sur le devant de la scène. Il sert entre autres à prendre soin de la mémoire. Faire de l’exercice, surtout de l’aérobic, plusieurs fois par semaine,  active une molécule qui favorise la survie des neurones et fait baisser le risque d’accident cérébro-vasculaire. Il est aussi recommandable de faire de l’exercice en plein air : il contribue à maintenir les bons niveaux de vitamine D et, partant, à éviter la dépression et à améliorer la qualité du sommeil. Les personnes âgées devraient continuer à faire de l’exercice, même s’il est modéré (en marchant tous les jours, au moins une demi-heure).

Si vous fumez encore, c’est le moment d’arrêter. D’après une étude citée dans l’article dont nous parlions au début, le fait de fumer non seulement élève le risque d’accident cérébro-vasculaire mais peut aussi entraîner un amincissement du cortex cérébral, ce qui affecte le langage, la perception et la mémoire. La bonne nouvelle est que, plus tôt on abandonne la cigarette, plus vite cette couche commence à se reconstruire.

Tout le monde sait que le régime méditerranéen est indispensable à une bonne santé. Pour ce qui est du cerveau, il semblerait que certains aliments ont un effet protecteur. Il s’agit de ceux qui sont riches en polyphénols (comme les myrtilles), en vitamine K (épinard, chou frisé et blettes, entre autres) et en Oméga 3.

On sait aussi que les relations sociales positives contribuent à générer des neurotransmetteurs, sans compter qu’elles fortifient le système immunitaire et font baisser l’anxiété et le risque de dépression et de problèmes cardiaques. Une étude publiée ce mois-ci dans le Journal of Alzheimer Disease affirme en outre que les relations familiales et les relations d’amitié (soutien social) contribuent elles aussi à protéger le cerveau de la démence.

La stimulation intellectuelle est une autre façon de protéger le cerveau de la détérioration cognitive : prendre l’habitude de lire des écrits qui nous font voir d’autres points de vue (pour faire travailler les synapses les moins utilisées), apprendre une nouvelle langue, faire quelque chose de différent avec une certaine fréquence, etc. L’important est de mettre son cerveau au défi.

Enfin, le cholestérol élevé, la pression artérielle élevée, l’apnée du sommeil et le diabète de type 2 sont, outre l’obésité, autant de risques pour le cerveau, raison pour laquelle il est important de suivre les conseils du médecin.

Sources:

Sociedad Española de Neurología (SEN)

Proteja su cerebro para toda la vida: siga estas estrategias expertas para protegerse contra las lesiones y el deterioro cognitivo a lo largo de su vida

Strong Social Support May Lower Dementia Risk, Study Suggests