Le mouvement et l’équilibre sont deux aspects essentiels de la thérapie de la latéralité. Dans cet entretien, le psychologue Luis Elías Llorens, thérapeute de notre centre explique pourquoi, et aussi comment, la vie sédentaire de nombreux enfants non affectés par un trouble de la latéralité nuit à leur bon développement général. 

 

Quel rôle le mouvement et l’équilibre jouent-ils dans la thérapie de la latéralité ?

Le travail que nous accomplissons part de la base que chaque enfant, adolescent ou adulte forme une unité. 

 

C’est-à-dire ?

La pensée, le mouvement (équilibre y compris) et le rapport à l’environnement sont trois facettes interconnectées. Pour qu’il y ait un bon développement de l’unité, les trois facettes doivent connaître un bon développement. Si l’une d’entre elle est déficiente, les deux autres s’en ressentent 

 

Donnez-moi un exemple

La motricité, ou développement moteur, est une facette essentielle du développement d’un enfant. Lorsqu’elle est sujette à un retard, comme c’est le cas chez les enfants souffrant d’un trouble de la latéralité, l’enfant perd de son autonomie et, partant, de son assurance. Cela a une incidence sur son bien-être émotionnel et, presque à coup sûr, sur ses résultats scolaires. Ces enfants-là ont besoin de développer davantage leur mouvement. 

 

Raison pour laquelle vous travaillez le mouvement en thérapie

Oui, car le processus est réversible. En effet, lorsque l’on améliore la motricité grâce à des exercices spécifiques, on modifie aussi les compétences de l’enfant et l’idée qu’il se fait de lui, ce qui contribue grandement à améliorer ses résultats scolaires. 

 

Avant, vous m’avez aussi parlé de quelque chose qui concerne beaucoup d’enfants

Effectivement. Nous recevons souvent en consultation des enfants qui passent deux ou trois heures par jour connectés à des dispositifs numériques et qui ne font pas beaucoup de sport. Ils vivent un développement statique qui ne contribue pas à un bon développement de leur motricité. Ces enfants ont une enfance bien plus passive que celle que nous avons eue. Et ils accumulent un retard moteur. 

 

Et, par conséquent, aussi émotionnel

En effet. Les deux sont liés, comme je vous le disais. Un bon développement moteur favorise un bon développement émotionnel et intellectuel : une synergie se crée. Faute de quoi, la communication synaptique risque d’être compromise. 

 

La sédentarité est commune aux enfants nés avec les nouvelles technologies

Dans les générations précédentes, le développement moteur s’accomplissait naturellement parce que les jeux, le fait de jouer, faisaient partie de la vie, de notre vie quotidienne. Or, il s’agissait généralement de jeux où le mouvement avait beaucoup d’importance. 

 

Lorsque vous parlez de mouvement, que voulez-vous dire exactement ?

Je parle de tous types de mouvements qui concernent les différents stades moteurs et le développement approprié à chaque étape de l’enfance et de l’adolescence. 

 

En thérapie, les patients apprennent et accomplissent tous ces mouvements

C’est cela : au centre, ils peuvent connaître toutes ces expériences. Les enfants apprennent, par exemple, qu’ils peuvent tomber et aussi qu’ils peuvent se relever. Cela les aide à mieux affronter la vie. De nos jours, l’expérience du mouvement et de l’équilibre fait défaut. L’environnement ne permet pas ces expériences. 

 

Plus l’assurance motrice est grande, plus l’émotionnelle le devient

Quand on parvient à surmonter le « je ne peux pas », on renforce son estime de soi. Et on prend de l’assurance. Outre qu’il va améliorer les aspects émotionnels, le développement moteur va aussi contribuer à améliorer le niveau de compréhension de l’enfant, sa capacité d’attention et de concentration, etc.

 

Quelles sont les conséquences d’un déficit psychomoteur ?

À cause de lui, les outils qui permettent de bien se débrouiller dans la vie, dans le monde, font défaut. Le fait de ne pas disposer de ces outils peut engendrer une frustration (puisqu’on ne parvient pas à réaliser ses attentes) ou, selon la personnalité de l’enfant, il peut favoriser une attitude conformiste qui va là aussi l’empêcher de réaliser ses rêves.